Les difficultés d’apprentissage de nos enfants

Citation Les 8 raisons connus à l’origine de l’indisponibilité d’un enfant à apprendre

Les 8 raisons connus à l’origine de l’indisponibilité d’un enfant à apprendre

Nous savons maintenant, avec les nouvelles études, que pour apprendre nous devons prendre en considération autant la dimension cognitive qu’émotionnelle. Longtemps, l’intelligence a été comprise et expliquée comme un  facteur en grande partie inné et de ce fait, certaines personnes éprouvant des difficultés d’apprentissages étaient perçues comme manquant d’intelligence.

Les difficultés d’apprentissage ne sont pas un manque d’intelligence

La société et les institutions avaient tendance à réduire l’intelligence (ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance conceptuelle ) à l’intellect (faculté de comprendre, de percevoir les choses), c’est-à-dire à la seule faculté de « comprendre des concepts ». Malheureusement encore aujourd’hui, un bon nombre de personnes continuent à confondre ces deux notions (intelligence et intellect), même si des spécialistes montrent que l’intellect ne peut être expliqué par l’intelligence puisque celle-ci comprend un ensemble de facultés telles que la mémoire, l’analyse, la compréhension, la définition et la perception.

Gardner identifie sept formes d’intelligence : logico-mathématique, verbale, musicale, spatiale, kinésique, interpersonnelle et intrapersonnelle. Quant à Gillet, il considère que l’intelligence inclut les éléments suivants : l’induction, le raisonnement, l’analogie, l’intuition, la résolution de problèmes et la créativité. Tout cela fait donc partie de l’intelligence.

Nous savons aussi que le cerveau se développe selon les activités qu’il fait : jouer 15 heures de piano ou faire 15 heures de soccer par semaine, par exemple, feront que les connexions et les zones du cerveau ne se développeront pas de la même façon. Et il va de soi qu’il faut considérer les aptitudes et l’intérêt que l’on porte à ces activités, c’est ce qui va nous motiver à nous y investir.

« Pour que l’intelligence fonctionne, il faut un moteur qui soit affectif. Jamais, on ne cherchera à résoudre un problème si le problème ne nous intéresse pas. L’intérêt, la motivation affective, c’est le mobile de tout.  »
– Piaget

Le moteur de l’apprentissage est l’émotion

Effectivement, Piaget le savait déjà : « Pour que l’intelligence fonctionne, il faut un moteur qui soit affectif. Jamais, on ne cherchera à résoudre un problème si le problème ne nous intéresse pas. L’intérêt, la motivation affective, c’est le mobile de tout. » Nous savons aussi que ce n’est pas seulement la motivation qui est présente lors des apprentissages, mais qu’il existe toutes sortes d’émotions vécues qui seront déclenchées et qui vont faire que l’enfant sera disponible ou non à l’apprentissage.

Un enfant submergé par une émotion qui l’empêche d’apprendre représente ce que les professionnels appellent l’interférence émotionnelle. Nous savons que cette manifestation peut même créer un vide dans le temps chez l’enfant, il peut même ne pas entendre ou voir ce qui se passe dans la situation du moment comme les autres. Vous allez me dire que ce doit être assez peu fréquent, mais si je vous écris cette chronique, c’est que je sais que le stress est de plus en plus présent chez nos enfants et fréquemment, nous ne le prenons pas en considération.

Ce que je vous ai mentionné plus haut, cette  déconnexion du moment présent, peut se faire de différentes façons et à des intensités différentes. La raison pour laquelle j’écris cette chronique est pour sensibiliser  parents et intervenants au fait que l’état interne de la personne en apprentissage est très important, c’est la pierre d’assise de l’apprentissage.

Un enfant qui n’est pas disponible à apprendre parce qu’il a vécu ou été témoin par exemple d’un conflit juste avant d’entrer en classe est un cas fréquent. Malheureusement, nous avons tendance à juger et à mettre des étiquettes et à nous désintéresser de ces enfants qui pourraient avoir d’autres résultats scolaires si nous prenions le temps de les sécuriser à chaque entrée dans la classe par un court rituel d’un simple exercice de respiration ou d’échanges empathiques.

Ici, j’ai cité l’exemple d’un conflit, mais un stress peut être déclenché par toutes sortes de choses, et les déclencheurs peuvent être invisibles pour nous. C’est ce qui nous déroute complètement comme adulte ou encore, c’est ce qui explique que nous ne percevions pas la détresse intérieure de l’enfant qui lui, n’est pas en mesure de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de lui et d’en parler.

8  raisons connus à l’origine de l’indisponibilité d’un enfant à apprendre

Selon les études, il y a 8  raisons connus à l’origine de l’indisponibilité d’un enfant à apprendre.

  1. L’insécurité : ici, on parle plutôt de l’état physique. Le corps peut être dans un état de stress si l’enfant a soif ou faim par exemple ou encore, s’il n’a pas consommé d’aliments suffisamment nutritifs comme des protéines qui se digèrent lentement. Le corps vit un stress.
  2. L’insécurité affective : ici, nous savons que le lien d’attachement a un impact sur les relations que l’enfant va développer avec les autres adultes. Si l’enfant vit des expériences négatives à répétition, il est évident que cela va avoir un impact sur sa disponibilité lors des apprentissages.
  3. Le conflit interne entre le besoin et la préservation : ici, nous parlons de différentes situations qui peuvent occasionner ce conflit interne. Cela peut être le conflit entre ce que je veux et comment je me comporte dans le groupe pour avoir ce que je veux sans me faire rejeter du groupe. Chez certains enfants, le choix de se conformer au groupe crée un étouffement et une tension interne qui lui donnent beaucoup de difficultés à se contrôler. Cela peut être aussi de l’impuissance apprise : le fait d’étiqueter un enfant le déresponsabilise et lui donne le message qu’il a très peu et même aucun contrôle sur ses difficultés.
  4. Le vouloir être et l’incapacité d’être : le vouloir être, c’est le désir de prouver ou de briller, d’être le premier et de ne pas perdre sa place de premier. Ce désir se heurte constamment à la peur de perdre sa place, d’être perdu dans le groupe. Surtout si l’enseignant valorise la compétition entre les élèves.
  5. La place ou la position qu’un individu occupe dans un groupe : ce facteur est lié à la place qu’une personne obtient dans le groupe, et les enfants ont beaucoup de difficultés à se situer dans cette hiérarchie sociale et à comprendre ce que l’adulte en position d’autorité souhaite exactement. Cela peut créer beaucoup d’insécurité chez les enfants.
  6. Le besoin à satisfaire et l’insatisfaction subie : fréquemment, les enfants sont en conflit, car leurs besoins à satisfaire vont à l’encontre des règles. Un enfant qui veut jouer peut être perçu comme antipathique par l’adulte qui ne comprend pas son besoin.
  7. L’environnement : il est encore fréquent de penser que l’école n’est pas perçue dans sa globalité comme un lieu de découverte, d’apprentissage à tous les niveaux.
  8. La relation entre l’enfant et l’éducateur : la relation enfant-éducateur fait appel au vécu et au bagage autant chez l’enfant qui peut projeter ce dernier sur l’adulte que chez l’éducateur qui peut être dérangé par les comportements de l’enfant.

Tout cela met en évidence le fait que le vécu des émotions a une influence directe sur le comportement ainsi que sur la capacité d’apprentissage et de fonctionnement de l’enfant à l’école. Une bonne maîtrise de soi et une intelligence émotionnelle bien développée vont améliorer grandement le niveau de satisfaction de l’enfant à l’école.

Toutes les facettes de chaque enfant doivent être valorisées, pas seulement les résultats scolaires. Tous les acteurs dans la vie de l’enfant doivent travailler ensemble afin de créer un environnement propice à l’apprentissage et ainsi augmenter la disponibilité de l’enfant à cet apprentissage.

Un autre point que nous n’avons pas abordé est qu’il est aussi primordial de renforcer l’identité humaine de l’enfant, c’est-à-dire qu’il puisse s’individualiser, qu’il puisse être une personne à part entière reconnue comme telle dans le groupe. Cette identité aide l’enfant à comprendre que l’apprentissage est essentiel mais n’est pas non plus une fin en soi.

Ainsi, il pourra plus facilement s’adapter aux différentes exigences de l’école, et les périodes d’examen ne seront pas vécues comme très stressantes. L’enfant est aussi valorisé autrement.

Pour ce faire

Si mon enfant a des difficultés d’apprentissage, qu’est-ce que je peux faire ?

  1. Travailler de concert avec les différents intervenants afin de réduire les différents facteurs générant du stress chez l’enfant et créer un environnement propice à l’apprentissage. Avec cet article L’impact du stress sur l’apprentissage vous allez comprendre exactement comment le stress affecte le cerveau et comment la bienveillance, l’écoute empathique et un climat de sécurité vont développer les capacités d’apprentissage des enfants. La pratique de la cohérence cardiaque, la pleine conscience et la méditation vont aider. Pour avoir les guides MP3 et PDF c’est ici.
  2. Augmenter le sentiment de sécurité des enfants dans la classe et en famille en instaurant des résolutions de conflits gagnant-gagnant et en planifiant à l’horaire des activités pour développer l’intelligence émotionnelle :
    a)    Apprendre à percevoir les émotions et les identifier
    b)    Comprendre les émotions en lien avec les situations vécues
    c)    Décoder les émotions et leur intensité
    d)    Maîtriser ses émotions, apprendre à les exprimer et à les réguler. Ces quatre articles peuvent vous être d’une grande aide pour comprendre le développement du cerveau des enfants et des adolescents et développer l’intelligence émotionnelle

    1. Les 12 façons de développer des habiletés d’empathie chez nos enfants
    2. Comment baisser sa réactivité et augmenter sa capacité d’empathie grâce aux neurones inhibiteurs
    3. La bienveillance pour contrer les insultes entre nos enfants
    4. Développer la patience des enfants avec conscience
  3. Concevoir des routines collaboratives où tout le monde est impliqué. Responsabiliser en donnant une tâche à chacun pour qu’il sente qu’il fait partie d’une famille, même la famille-classe par exemple, qu’il  est un maillon de la chaîne, qu’il est important.
  4. Instaurer de bonnes pratiques d’oxygénation, prendre le temps de respirer lorsque nous sommes stressés. Augmenter notre capacité d’adaptation, c’est-à-dire la tolérance à la frustration, par la pratique de la cohérence cardiaque, de la méditation, de la relaxation ou du yoga. Instaurer l’habitude de la pratique de le soleil qui brille et rayonne fréquemment dans la journée.
  5. La pratique d’un sport apprécié par l’enfant et les jeux libres au parc comme les jeux où l’on court permettent de libérer le stress cumulé durant la journée. Lorsque c’est possible,  courir ou marcher jusqu’à la maison après l’école est une bonne façon pour l’enfant de se libérer de ses tensions.
  6. Apprendre en famille à développer des liens sécurisants et empathiques et permettre à chacun de s’individualiser, c’est-à-dire d’être lui-même. Si nous réagissons émotionnellement à chaque fois que notre enfant exprime son individualité, par exemple sur le plan de la nourriture, de son habillement, de ses goûts, de ses amitiés, il est fort probable que nous-même en tant qu’adulte ayons un travail à faire de ce côté.
  7. L’apprentissage de l’écoute empathique, de la communication du cœur comme je l’appelle, permet d’apprendre à écouter l’autre même si nous sommes perturbés par ses paroles. C’est une bonne façon de pratiquer et d’augmenter sa capacité à gérer ses émotions. Pour en savoir davantage Sortir de nos modes communicationnels destructeurs
  8. Il est important en tant que parent de comprendre qu’un enfant n’a pas toutes les capacités pour gérer ses émotions, c’est un apprentissage qui doit se pratiquer à chaque jour exactement comme lorsque nous apprenons un sport. L’intelligence émotionnelle se développe et nous devons aider nos enfants, vous avez des bonnes façons de faire avec cet article Les douze façons de développer des habiletés d’empathie chez nos enfants
  9. Jouer tout en apprenant, le jeu et le rire sont de bons exutoires des tensions émotionnelles. Mais je sais que certains ne sont pas à l’aise avec cette stratégie, car ils craignent un niveau d’excitation trop élevé et le débordement. En même temps c’est justement un apprentissage que l’enfant doit faire s’exciter et se calmer le plus rapidement possible, c’est un exercice d’autocontrôle très efficace. Sachez qu’il est important de faire des jeux de rôles car ceux-ci développe l’imagination qui est le socle de la pensée abstraite (compétence très utilisé dans les études).
  10. Jouer à des jeux de table, des jeux de société où il y a des règles à suivre et lorsque nous devons perdre par moment. Ces jeux sont des moments pour développer plusieurs de nos capacités qui sont très importantes.
  11. Si vous désirez en savoir davantage sur les fonctions exécutives c’est ici Catherine et son trouble des fonctions exécutives

En espérant que cette chronique permette de comprendre davantage toutes les facettes à prendre en considération lorsque nous avons à accompagner un enfant dans ses apprentissages.

Monique

Cet article vous a-t-il été utile ? Partagez-le avec vos amis!