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Faire ou ne pas faire de compliments à son enfant

(Dans ce texte, le mot enfant comprend aussi les adolescents)

Dans une société qui pointe volontiers l’erreur et trouve normal le comportement adéquat ou l’excellence, faisons le point sur le compliment !

Pourquoi ces enfants que leurs parents complimentent, se retrouvent-ils en consultation, avec si peu de confiance en eux ?

Certains parents croient que le meilleur moyen pour augmenter l’estime de leurs enfants est de les complimenter en permanence.

Ces compliments exagérés ne renforcent pas l’estime de soi de l’enfant, mais ils alimentent un narcissisme surdimensionné, donnant à l’enfant une image de lui meilleure que celle des autres, alors qu’il se sent souvent fragile et pas toujours à la hauteur. Les compliments mal formulés peuvent aussi faire des dégâts en produisant chez l’enfant de l’anxiété par rapport aux attentes qu’il perçoit derrière ceux-ci. Et enfin, l’enfant peut devenir « accro » aux louanges. Il est alors incapable de s’évaluer correctement et ses références sont extérieures.

Avec ces compliments, l’enfant devient dépendant du jugement des autres, il s’évalue en se comparant au risque de n’être jamais satisfait. De plus, les comparaisons l’entraînent dans une spirale compétitive. Son estime de lui dépend de l’opinion des autres et d’avis extérieurs qui ne prennent pas en compte son appréciation et qui le dépossède de sa responsabilité.

Les étiquettes que nous collons aux enfants les figent dans un rôle qu’ils tiennent difficilement et qui leur donne une image d’un amour sous condition.

« Tu es le meilleur !», « Tu es intelligent ! », « Tu as eu de meilleures notes que ta copine/ton copain », « J’aime bien ce que tu as fait », « Je suis fier(e) de cette note », « Tu es vraiment adorable ».

Avec des compliments de ce type, soit, l’enfant développe une estime de lui exagérément haute et très instable. Dans ce cas, il aura tendance à mentir, tricher, exagérer, dévaloriser les autres pour maintenir son estime de lui, à un niveau acceptable. Soit, l’enfant en vient à douter de l’objectivité de ses parents. Il se met à douter de ses qualités, de ses aptitudes, il se dévalorise.

Je préfère utiliser la terminologie d’encouragement ou signe de reconnaissance à celle de compliment, mais l’essentiel n’est pas là ! C’est le contenu du message et la régularité qui sont primordiaux.

Quelle est la bonne dose ?

Certainement, pas la dose que les chercheurs de « School Matters* » ont pu observer dans la sphère scolaire et familiale des adolescents anglais sélectionnés pour leur étude.

Selon cette étude, les enseignants passeraient moins de 1 % de leur temps à féliciter les élèves et, en famille, c’est 16 déclarations ou injonctions négatives pour un compliment.

Dans ces conditions, il est difficile de s’apprécier et apprendre à se faire confiance.

Un enfant à qui l’adulte donne des signes positifs de reconnaissance n’a pas besoin de faire des bêtises pour être reconnu !

Alors, comment envoyer des signes positifs de reconnaissance ?

En plaçant l’encouragement sur un comportement, une action de l’enfant.

C’est toute la différence entre : « bien joué » et « super ! Ta passe du pied droit à Arthur » avec cette deuxième formulation l’enfant se fait une image mentale de son action et il va l’encoder, comme une réussite. Il pourra ainsi la reproduire.

De plus, en valorisant les comportements positifs vous stimulez le circuit cérébral de la récompense. L’enfant ressentira du plaisir à être encouragé et ce plaisir le motivera à recommencer. L’enfant qui a une bonne « estime de lui » ose prendre des risques avec la nouveauté.

Vous pouvez ajouter un ancrage en validant le ressenti de l’enfant : « Qu’est-ce que tu as ressenti quand tu as passé le ballon à Arthur et qu’il a marqué ? » En validant la réussite avec ses sens à lui, l’enfant intègre le compliment comme vrai pour lui et se construit un référentiel de réussites physiques, intellectuelles et sociales internes.

De plus, partager votre joie avec celle de l’enfant lui donne le sentiment d’être important et intéressant pour vous.

De la même manière, lorsque vous relevez un comportement négatif (cela doit se faire aussi), veillez à bien faire prendre conscience à l’enfant que c’est le comportement qui n’est pas acceptable. Une remarque globale comme « tu es méchant » remet l’enfant en cause dans son identité. Préférez une explication quant au comportement que vous souhaitez que l’enfant adopte « Tu as le droit d’être en colère sur ta sœur, mais tu lui dis et tu ne la tapes pas ! » (Oui, les émotions sont toujours légitimes !)

Par les encouragements, les parents peuvent aussi mettre en valeur les qualités de leurs enfants. (Je suis toujours étonnée en consultation de constater que si peu d’enfants sont conscients de leurs qualités, et je ne vous parle même pas des enfants de parents pervers narcissiques, qui eux sont niés dans la moindre parcelle de leur identité.) L’enfant intégrera la qualité si l’adulte la contextualise lorsqu’il la met en avant : « Bravo, dans ce travail, tu as fait preuve de beaucoup de créativité » et illustre ses propos de quelques exemples. Vous n’obtiendrez pas le même résultat si vous dites « il est bien ton travail », cette remarque même si elle est positive souligne que le travail aurait pu être mauvais. Dans ce cas, l’enfant mémorise non pas la fierté d’un beau travail, mais la tension liée à la possibilité de l’échec.

Si l’estime de soi prend sa source dans les liens d’attachements des enfants avec les adultes importants pour eux, ils la construisent au quotidien à partir de leurs expériences.

Les enfants avec un référentiel interne sont capables de tirer des conclusions de leurs réussites et de leurs erreurs. Ils ne restent pas figés dans l’échec « Je suis nul ».

Peu importe le nom que vous donnez : compliment, encouragement, signe de reconnaissance… Soyez honnête, précis, régulier dans l’expression de vos encouragements.

*Bruno Hourst, j’aide mon enfant à développer son estime de soi, Eyrolles, 2014

Les événements de grandir en confiance

Cet article a été écrit à l’origine pour la Libre.be le 25 janvier 2017

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