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Citation Mieux comprendre l’emprise

Mieux comprendre l’emprise

Il y a plusieurs choses qui me révoltent dans la vie. Parmi ces choses, les phrases du type « À sa place, je serais partie depuis longtemps », « Si elle reste, c’est qu’elle est faible et qu’elle y trouve son compte », « À moi, ça ne m’arriverait jamais ! ». Certes, il y a des terrains psychologiques et systémiques plus propices que d’autres mais penser que VOUS ne seriez jamais tombé dans le panneau est une belle illusion. L’emprise est sournoise, s’installe progressivement, doucement mais surement. Certains moments de vie, où l’on est plus fragiles, ouvrent parfois la porte à une emprise totale et discrète, qui s’infiltre sans même qu’on s’en rende compte.

Cette chronique s’adresse à celles et ceux qui sont victimes d’emprise et à celles et ceux qui jugent les personnes qui sont « tombées dans le panneau et qui en plus se laissent faire ». Les jugements n’aident pas. La compréhension oui.

Les phases de l’emprise

La lune de miel : c’est le moment appelé aussi « phase de séduction ». Votre « emprisonneur » vous bombarde d’amour, installe un grand attachement et crée une dépendance affective. Vous êtes aveuglé(e) par ce qu’il fait pour vous, l’intensité de votre histoire, de vos sentiments mutuels. Il vous promet une vie extraordinaire, vous êtes choyé(e), adulé(e) et encensé(e). La relation, et à travers elle votre « emprisonneur » (ou « emprisonnatrice »), prend toute la place, occupe votre esprit constamment. À un point tel que vous ne savez plus réfléchir ou respirer sans lui/elle. C’est comme un shoot émotionnel qui vous rend complètement accro. C’est tellement beau et inattendu que vous ne pensez même pas qu’il puisse y avoir de mauvaises intentions derrière tout ça. Il se présente en sauveur, mais aussi en victime en vous racontant tous ses malheurs et toutes les personnes dont il a été la pauvre victime incomprise.

Déstabilisation/doute : petit à petit, il montre son vrai visage. Une fois qu’il sent que la dépendance affective est installée, il entame le processus de destruction massive. Il vous dévalorise, vous affaiblit tellement que vous finissez par le croire : vous n’êtes rien et encore moins sans lui. Pour rappel, il a installé un sentiment de dépendance en « faisant tout pour vous ». Cela lui permet d’installer en vous la croyance que vous n’êtes rien sans lui. C’est le début de l’engrenage. Votre confiance en vous, votre estime de vous, votre capacité de réfléchir, votre esprit critique sont altérés. De plus, après une dispute (violente), il repasse par la phase lune de miel. Il y a de quoi devenir fou. Le pire de tout : vous finissez par douter de vous-même et de votre esprit sain, qui ne l’est peut-être pas tant que ça finalement. S’il le dit.

L’isolement : personne ne trouve grâce à ses yeux. Votre entourage n’est pas bon pour vous, selon ses mots. Votre entourage vous veut du mal, vous tire vers le bas (alors que lui vous tire vers le haut). Il n’aime pas vos amis, votre famille, vos collègues et préfère les éviter. De fil en aiguille, vous les éviterez aussi, pour éviter ses colères, ses insultes, sa violence et/ou ses menaces. Ou encore pour lui faire plaisir. Ou bien vous serez convaincue de ce qu’il dit, tout simplement.

La destruction massive

Ces phases s’entremêlent et se répètent. D’ailleurs, nous pourrions plutôt appeler cela des caractéristiques de l’emprise. La lune de miel revient après chaque crise, l’isolement se fait progressivement et parallèlement à la dévalorisation. Il vous mettra tellement de poudre aux yeux que vous croirez ce qu’il dit et vous lui ferez confiance. En même temps, votre estime de vous sera tellement profondément fracturée que vous vous en remettrez complètement à lui. C’est une chaîne sans fin. Il vous séduit, vous détruit, vous annihile, vous n’avez plus d’énergie (il la prend complètement), plus de recul (il est envahissant), vous étouffez et ne voyez pas (plus) clair. CQFD.

Mais pourquoi elle/il reste ?

Pour celles et ceux qui lisent cet article avec un regard sceptique, il faut bien vous rendre compte que le processus de l’emprise vous ronge de l’intérieur, il est insidieux, sournois. L’extérieur ne le voit pas, c’est encore une raison de plus pour douter de soi. L’entourage (ou ce qu’il en reste) est même capable de prononcer des phrases comme « Mais enfin, que lui reproches-tu ? Tu es trop exigeant(e). Il est parfait. Regarde tout ce qu’il a fait pour toi. » Et le doute continue à s’installer…

La solitude, la dévalorisation profonde de son identité, la dépendance sont des outils puissants de l’emprise. À force d’entendre des insultes, de subir de la violence psychologique et physique, d’être isolé(e), les victimes se retrouvent à côté d’elles-mêmes et avec un tel trou noir à la place de leur estime de soi que le bout du tunnel semble très loin.

Comment s’en sortir ?

La prise de conscience est la première étape. Elle est parfois douloureuse et écrasante, mais indispensable. À partir de la prise de conscience, la reconstruction peut commencer. Tout d’abord il faut impérativement vous construire une armure en béton afin de ne plus être atteint(e) par les missiles de destruction. Ensuite, commencez un travail de reconstruction en augmentant votre estime et votre confiance en vous, en lâchant la culpabilité, en étant fermé au chantage affectif et en vous accordant le droit de vous protéger ! Personne ne peut, sous aucun prétexte vous détruire pour mieux vous contrôler. Ce n’est pas ça aimer. Finalement, la dernière étape est celle du départ. De la rupture. Chacune de ces étapes pourrait faire l’objet d’une chronique à part entière.

Si vous avez des enfants pris malgré eux dans la tourmente de l’emprise, ils ont eux aussi besoin d’un temps de reconstruction.

Difficile d’écrire une chronique sur l’emprise sans prononcer les mots « manipulateurs/trices » et « pervers(e) narcissique ». Evidemment, c’est un mécanisme qu’ils maîtrisent à la perfection. Cela pourrait également faire l’objet d’une chronique entière, même d’un dossier entier.

Sortir de l’emprise est possible, faites-vous aider par des professionnels, par vos proches, par des personnes compétentes. La liberté est à votre portée.

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