Il y a de ces rêves qui ouvrent des petites portes en nous. Des portes vers notre inconscient peut-être, vers un flux d’informations qui y est stocké et auquel on accorde si peu d’importance, et pourtant …toute la richesse y est.
J’ai fait ce rêve à mi-chemin entre la conscience et le lâcher prise. Il m’a permis d’ouvrir une porte, qui après s’être ouverte ne s’est plus refermée. Cette porte était là, à portée, et pourtant je ne l’avais jamais vue. J’imagine qu’il faut être prêt pour voir les choses, disposé, avant qu’elles puissent nous être adressées.
Ce rêve a commencé avec un sentiment de relâchement qui s’installait. Comme un repos qui trouvait sa place malgré moi, qui cherchait son chemin au travers des muscles tendus de tout mon corps. Je m’y abandonne, je lâche, je cède à ce petit sentiment de paix et d’abandon qui envahit mon corps. Et voilà que mon rêve commence, comme tous les rêves dans la confusion, avec des images qui manquent de logique : Je suis à 4 pattes en face d’un tigre. Mon visage est à 2cm du sien. On se regarde. Ça dure une fraction de seconde. Mais on aurait dit que l’information trouvait son flot vers mon esprit. Je passe en cette fraction, de la peur, la résistance, à un sentiment de paix. Comme si le voile entre cet être est moi avait été levé. Pour la première fois de ma vie, je comprends que je suis égale à lui. Ni meilleure, ni plus digne de vivre, ni plus intelligente. Non, égale. Je ne vaux pas plus que lui, ni lui plus que moi. Tous les deux sommes partie d’un tout, cohérent, intriqué, lié. Je n’ai plus peur parce que j’abandonne mon importance. Et à ce moment un sentiment envahissant de paix me submerge. Ma propre vie trouve son sens dans ce tout, et non séparée. Même la mort semble harmonieuse dans ce contexte. Mon corps va dépérir tôt ou tard, oui. D’autres corps vont ainsi s’en nourrir, et auront une chance à leur tour pour la vie. La vie continue. Elle ne s’arrête pas là. Elle circule. Je n’étais pas plus importante que ces êtres que mon corps va nourrir. Non, nous étions comme les parts d’un puzzle qui s’imbriquait. Sans eux, je n’aurais pas pu vivre non plus. C’était beau et reposant de comprendre ça. Non pas que je ne l’avais jamais contemplé, mais que je ne l’avais jamais intégré et compris au plus profond de moi. Au plus profond de mon âme.
Cette euphorie a à peine le temps de s’installer, qu’elle recommence à être remplacée par une anxiété. Je me retrouve dans un décor de guerre. Et je suis triste. Désarmée. Un profond sentiment de deuil et de désarroi me prend. Je ne suis plus inquiète pour moi-même, mais pour toute l’humanité. Je la sens qui court à sa perte. J’ai peur qu’elle en arrive à son extinction. Puis, tout comme la première fois, en une fraction, je ressens une paix s’installer en même temps qu’un flux d’informations. L’importance de toute l’humanité, dans sa globalité, prend des dimensions plus cohérentes. Tout ne tourne pas autour de l’humanité. Nous ne serions pas la première espèce à s’éteindre, ni la dernière. Des espèces ont vécu sur terre puis dépéri. Tout simplement parce qu’elles n’étaient plus adaptées. Et ainsi il en sera pour nous, si on ne s’adapte pas, si on ne trouve pas le moyen de rester en harmonie, si on sort de l’ordre des choses. Mais ce n’était pas important. Nous ne sommes pas plus importants que ces espèces qui ont disparu. A ce moment, les notions du bien et du mal se confondent dans mon esprit. Bien pour qui ? Pourquoi ? Mal pour qui ? Pourquoi ? Au milieu de cette confusion je lâche…Je lâche l’importance de l’humanité dans sa totalité…Je ressens ce poids énorme se lever. Je suis légère et je me sens flotter dans ce sentiment de paix qui semble éternel.