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Ton père ce zéro ! Mon père ce héros !

La formule est de Joseph & Caroline Messinger, dans « Ne leur dites jamais. »

Elle aurait été bien moins percutante au féminin, mais elle fait aussi mal.

Si je partage la formule, je ne partage pas l’idée que ce soit principalement la mère qui est source de maltraitance vis-à-vis du père.

Comment mon enfant, mon adolescent peut-il faire de ce père, de cette mère absent(e), irresponsable, démissionnaire à mes yeux un « Héros » ?

Cette question, vous êtes nombreux et nombreuses à me la poser en consultation.

S’il est normal que les parents soient les héros de leurs enfants en bas âge, la prise d’autonomie de l’enfant réduit peu à peu l’étoffe du héros. Et à l’adolescence, l’enfant s’émancipe de ses parents pour construire son identité ! Il tue symboliquement son père, sa mère.

Alors comment en êtes-vous arrivés là ?

Au début de votre relation de couple, vous idéalisiez certainement votre partenaire. Le quotidien et l’arrivée des enfants ont mis à mal cette image idéale, votre besoin d’harmonie, vos fantasmes de famille idéale.

Et vous en êtes venus pour décharger vos frustrations, vos insatisfactions à râler, dénigrer votre conjoint, ses comportements, ses manques, ses insuffisances, par des petites phrases du type :

« Tu es bien le fils de ton père… » ; « Tu es bien la fille de ta mère… » ;

« Ta fille est comme toi, on voit de qui elle tient, elle a le même fichu caractère que toi et tu lui donnes toujours raison » ; « Ton père un bon à rien, qui ne tient jamais ses promesses » ; « Ton père, un salaud … » ; « Ta mère, toujours en train de râler »

Cette habitude peut s’accentuer à l’occasion d’une séparation, d’un divorce., au moindre manquement du père, de la mère de votre enfant, les remarques fusent, car votre sentiment d’échec nourrit vos rancœurs.

Si disqualifier, dénigrer le père, la mère de votre enfant ne fait pas de vous un parent aliénant ni manipulateur pervers narcissique. Cette stratégie est non seulement mauvaise pour vous, car elle entretient vos frustrations, vos tensions et détruit votre estime de vous. Mais surtout, elle est délétère pour l’estime et la confiance de vos enfants.

Votre enfant est le fruit d’une union de deux adultes, qui à un moment de leur vie se sont aimés et ont fait le projet de donner la vie. Aussi, rejeter l’autre parent, c’est nier et rejeter une partie de l’identité de l’enfant et cela constitue une blessure affective grave !

Le boomerang

Cette recherche d’alliance auprès de l’enfant, cette prise à partie, vous reviendra comme un boomerang et c’est vous qu’il finira par rejeter. Les enfants n’ont pas à prendre part à un conflit parental.

Les conflits entre ses parents l’obligent déjà à renoncer à l’image d’un couple parental uni dont il est le fruit. Alors, ne le remettez pas en question dans son identité, dans ses origines.

L’enfant se sent écartelé, il se sent mal par rapport au parent dénigré et il n’ose pas défendre ouvertement le parent malmené de peur d’être rejeté.

Cette conflictualité à « bas bruit » est très insécurisante pour l’enfant, elle génère la peur, l’angoisse, elle rend l’enfant coupable « d’être ». Alors, que l’enfant a besoin de sécurité, d’appartenance pour se structurer et se construire une bonne estime de lui.

Plus l’enfant va se sentir en insécurité, plus il aura besoin de « réparer » le parent endommagé, et l’idéalisera. Et le parent « Zéro » à vos yeux devient un Héros !

L’enfant devient ainsi le soignant du parent supposé faible ou victime. Et il rentre en conflit avec le parent disqualifiant. S’en suivra un jeu « pervers » dans lequel l’enfant endosse le rôle du « sauveur » du parent « victime ». C’est un rôle que l’enfant n’a pas les capacités de tenir.

Ces enfants cachent alors leur souffrance derrière de l’arrogance et du dédain vis-à-vis du parent méprisant.

Tous ces sentiments vont faire perdre à l’enfant la confiance, envers le monde des adultes et les touchent au plus profond de leur identité

Les solutions

Peu de parents, qu’ils soient en couple ou pas, ont conscience de l’impact de leur conflit à « bas bruit » sur les comportements et la souffrance de leurs enfants.

N’attendez pas que vos adolescents perdent confiance dans le monde des adultes, vous « détestent » et expriment leur souffrance en se confinant dans leur chambre.

Ne dénigrez ni en parole ni par des mimiques le père ou la mère de vos enfants et ne laissez personne le/la calomnier devant vos enfants. Il en est le père, elle en est la mère et vous vous étiez choisis !

De plus, disqualifier l’autre ne vous permettra pas de restaurer votre estime et votre confiance. Vous mettre à votre tour dans le rôle de la victime plaintive non plus !

Faites un travail sur vos valeurs, vos besoins, vos limites, vos envies.

Bref, positionnez- vous en adulte responsable !

Réglez vos conflits entre adultes, loin des oreilles, des yeux de vos enfants, pour qu’ils ne se sentent pas responsables, ni coupables de vos différends. Les conflits ne sont pas dangereux, ils permettent d’évacuer les tensions accumulées, de faire respecter vos limites, de vous affirmer avec vos besoins, de faire valoir votre point de vue.

Si votre relation de couple est terminée, votre enfant est un lien indissoluble et votre rôle de parent ne s’éteindra pas !

Article écrit en 2016 pour la Libre.be par Nathalie Vancraeynest

http://grandirenconfiance.be

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