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Boudeur un jour, Boudeur toujours ?

« Les plus grandes leçons découlent parfois des plus vives souffrances. »
David Kessler, « Leçons de vie », 2002


Tous les jours, nous entendons parler, dans les médias ou ailleurs, de femmes violentées.
Nous avons souvent dans notre entourage des femmes victimes de l’alcoolisme du conjoint.
Mais rarement, entendons-nous parler de femmes victimes de bouderie, cette attitude qui se caractérise par un air maussade et un refuge dans le silence.

Normalement sans gravité, la bouderie peut avoir des débouchés destructeurs, allant jusqu’à la manipulation et à la violence psychologique. Avez-vous la malchance de côtoyer un manipulateur qui s’adonne à la bouderie ? Faire la tête régulièrement est un jeu risqué. Bouder pour punir l’autre ou obtenir des preuves d’amour peut provoquer le rejet, de là la dangerosité. Ce comportement est une arme à double tranchant et peut devenir très perturbateur autant pour la personne boudeuse que celle qui la subit.

Le manipulateur est un faible qui le cache bien, car il porte des masques et possède un grand gouffre en lui ainsi qu’un trouble de l’ego énorme.

Certains peuvent être pervers dans la mesure où la manipulation va jusqu’à la destruction de l’autre. Dès que quelque chose ne fonctionne pas comme il le souhaite, le manipulateur se place en position de victime, comme par une période de silence. Il prétendra ensuite que c’est à cause de l’autre, dans le but de culpabiliser et parvenir à ses fins.

Pendant quelques années, j’ai côtoyé une personne aux prises avec le problème de la bouderie (manifestation majeure de la manipulation) avant de m’apercevoir que les épisodes s’aggravaient au fil des ans. Cette attitude offensive de sa part était-elle devenue une façon de me punir ? Souvent, le boudeur veut faire payer à l’autre son incapacité à partager ses véritables sentiments comme son désaccord, sa colère ou sa déception. La bouderie devient une façon d’exprimer ses émotions de manière non verbale en affichant une fermeture et en mettant l’autre mal à l’aise. Dans ce cas, il s’agit de violence psychologique.

Que de tentatives vaines à essayer de comprendre ces silences de la part de ce conjoint. Essais et erreurs ont été nécessaires. Tantôt la douceur, le lâcher-prise, l’ignorance ; d’autres fois la confrontation et même en adoptant le même comportement enfantin, aucune attitude n’a réussi à améliorer la situation. Cela étant, trop de sujets de conversation étaient des sujets « rouges », donc à éviter pour ne pas provoquer la bouderie.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que pour le boudeur, ce sont les autres qui ont des problèmes, qui sont des
incompétents, jamais lui, d’où l’effet de transfert et le sentiment de culpabilité ressenti par la victime.

Bien sûr, la personne manipulée est un être particulièrement sensible aux autres et qui a peur de mal penser, de mal faire. Elle met de l’importance sur l’image qu’elle donne à l’autre. C’est un individu blessé qui a des failles et celles-ci sont utilisées par le manipulateur pour l’atteindre et mieux la contrôler. Les conséquences d’une manipulation peuvent être très graves et toucher la santé physique et psychologique de la victime.

À titre de personne qui a eu à vivre maintes et maintes fois ces situations, je peux affirmer qu’il n’existe aucune solution pour arriver à vivre une relation stable et harmonieuse avec un homme aux prises avec ce problème, car boudeur un jour boudeur toujours. En l’espace de quelques secondes et à tout moment, sur un simple mot, une simple remarque, la bouderie commence. Quand je parle d’épisodes de bouderie, je ne parle pas de quelques minutes ou de quelques heures, mais bien de quelques jours durant lesquels la relation amoureuse est mise au rancart, où tous les projets et l’entourage n’existent plus. Et la personne boudeuse attend que la personne boudée (qui se fait bien sûr accuser par la personne boudeuse de bouder – me suivez-vous toujours?) fasse les premiers pas, car après quelques jours de cette violence gratuite, la personne boudée craque et il y a alors transfert et c’est la débandade.

Un antidote existe-t-il ? Le véritable remède serait que la personne boudeuse prenne vraiment conscience de son problème (un tour de force!!!) et qu’elle accepte de le régler elle-même avec l’aide d’une personne ressource compétente. Mais une personne boudeuse est un adulte emmuré dans ses croyances négatives et la bouderie est son seul mécanisme de défense.

Mes recherches m’ont appris que ce mécanisme prend racine dans l’enfance lorsque les parents ne tolèrent ni pleurs ni colères et que les émotions ne sont pas reconnues. Il peut aussi s’agir d’une blessure émotionnelle profonde non réglée. À l’âge adulte, elle continue de faire payer aux autres son incapacité et sa peur d’exprimer ses émotions.

Dans notre couple, tout devenait prétexte à la bouderie. La jalousie de ce qu’est et possède l’autre (moi en l’occurrence…) et les autres était un déclencheur de bouderie pour mon conjoint dont l’estime de lui-même était déficiente. Malgré mon bon vouloir de communiquer pour liquider les émotions refoulées de part et d’autre lors de conflit, je me rivais à un mur et à de l’agressivité silencieuse. Le faciès devenait vide et de multiples personnalités (masques) prenaient la relève.  À un certain stade, l’escalade est trop avancée pour réussir à vraiment connaître la source du conflit pour le solutionner et la communication devenait impossible.

Les boudeurs vivent dans leur monde sombre et se referment dans leurs émotions refoulées, dénigrant
tout le monde pour se valoriser aux yeux des autres. Évidemment, c’est un véritable enfer pour eux. Même si leur entourage essaye de les aider à se comprendre pour mieux vivre avec ce problème, il y a refus catégorique de l’aide, car encore une fois, ces personnes se considèrent comme tout à fait normales. Les proches se sentent alors démunis et préfèrent s’éloigner plutôt que de vivre une telle violence, de là le rejet que les boudeurs peuvent subir sans comprendre ce qui alimente cette attitude chez les autres.

Dans les bons moments, c’était un homme qui me bombardait de « je t’aime » plusieurs fois par jour. Malgré l’amour et les bons moments de notre vie à deux, la bouderie avait pris toute la place.

Un jour, dans l’espoir de sauver notre relation, la pénible décision de se séparer physiquement a été prise. Peut-être que le fait d’avoir chacun notre chez nous éliminerait les conflits. Malheureusement, cette nouvelle situation n’a servi qu’à prolonger les périodes de bouderie, car en étant libre chez lui, il pouvait se permettre de faire durer la torture encore plus longtemps sans que je sois dans son champ de vision.

Après tous ces efforts pour trouver une harmonie, la communication était devenue impossible en raison de conflits récurrents qui ont envenimé la relation et la seule solution a été d’acculer mon conjoint au pied du mur et de sauver ma peau et mettant fin rapidement et définitivement à la relation lorsque ma limite a été atteinte.

Il n’était pas évident de mettre un terme à une relation de 10 ans. Bien sûr, les sentiments de culpabilité dévastatrice et de pitié embarquent et je me suis souvent demandé si c’était moi le problème. À vivre cette violence psychologique, on se croit responsable des comportements négatifs de l’autre jusqu’à ce que notre corps nous parle par l’épuisement physique et psychologique, l’insomnie et l’angoisse. J’ai décidé d’aller chercher de l’aide extérieure pour moi-même avant de sombrer dans un état dépressif, car, pour l’autre, c’est
peine perdue. Oui, rapidement et définitivement sont des mots qui font encore mal, mais c’était la seule solution pour faire cesser toute manipulation et avancer sans subir la colère et le mépris de mon conjoint et risquer de laisser monter la pitié et la culpabilité de son état de victime après avoir été bourreau. Les manipulateurs savent si bien jouer ces rôles…

Les boudeurs nous poussent à douter de nos propres perceptions jusqu’à nous faire perdre complètement l’estime de soi.

Évidemment, résoudre les conflits n’était pas son lot, car selon lui, il n’était pas en cause et le fait qu’il ne disait rien et ne faisait rien n’était pas des raisons que de me sentir contrariée. Mais quoi de plus frustrant qu’une personne passive dans tout son être !!! Sa façon d’agir était de mettre tout sous le tapis : « Oui, oui, j’ai compris, c’est correct » pour laisser tout en surface lorsque je voulais clarifier les choses. Mais rien n’était réellement compris et réglé. Et je vous laisse imaginer les débris de toute sorte qui m’arrivaient en pleine face lorsque le fameux tapis se soulevait et que tout ce qui s’y trouvait en ressortait pour me blesser à chaque fois. D’anciennes histoires non réglées pour lui refaisaient surface ; tout était là et il repartait dans sa bouderie et remettait tout sous le tapis encore et encore. C’est ce que j’ai vécu pendant des années avant d’aller chercher de l’aide pour me sortir de cet enfer qu’était devenue ma vie.

J’ai pris la décision de mettre fin à cette relation après un mois de bouderie sporadique invivable. «Tu te feras soigner, tu vas pouvoir bouder toute seule ! » sont les paroles qu’il m’a criées, rouge de colère. Je pensais tout entendre venant de lui, mais jamais je n’avais imaginé entendre ces mots-là. Je n’ai pas pu m’empêcher de rire… Je n’avais plus d’énergie pour autre chose de toute façon. Et peut-être que je ressentais déjà la libération et la fierté d’avoir eu le courage de prendre la bonne décision, soit celle de me choisir. Par ces paroles blessantes, par la rage qu’il dégageait à ce moment, je voyais très bien le pattern du manipulateur confronté qui devient un monstre. Il croit encore que c’est l’autre qui a le problème. Il est parfait dans son monde à lui, même en se faisant rejeter avec sa valise qui l’attendait à la porte. Encore à ce jour, jamais il n’a avoué que la bouderie est un problème chez lui, un problème qui a fait beaucoup de ravage.

Avant de mettre ces mots (maux) sur papier, je n’y voyais pas l’ampleur réelle, mais il y a un ravage énorme (psychologiquement et physiquement). J’ai été pendant des années à penser que j’étais asociale, manipulatrice, que je ne pouvais pas cohabiter avec une autre personne, que je rendais la vie de l’autre insupportable, etc. avant de m’apercevoir que c’était Lui qui avait toutes « ces belles qualités » et qui me faisait croire que c’était moi le problème (!!!). Quand des gens me disent que c’est moi qui suis normale et Lui qui a un caractère « morbide et déséquilibré », vous ne pouvez imaginer le bien que ça me fait.

Pendant des années, j’ai eu sur le dos toute la responsabilité de cette relation, car tout était de ma faute (selon lui) et maintenant j’apprivoise la liberté. Je vis le deuil de cette fin de relation, mais je vis aussi avec ce ravage (peine, colère, déception, etc.) et ça, c’est encore plus difficile. Et je passe sous silence le fait qu’il s’est affiché avec une personne deux  semaines après notre rupture et comment j’ai vécu cette annonce. Et qu’il a aménagé avec cette personne trois mois après. Jamais je n’ai vécu une telle déception, humiliation et des émotions aussi fortes de toute ma vie. J’en ai eu la nausée pendant des semaines.

Des mois, voire des années, sont nécessaires pour refaire l’estime de nous-mêmes, pour se reprogrammer et arriver à faire confiance à nouveau,
car la méfiance est toujours là.

Maintenant, je dois apprendre à me rebâtir, à m’aimer assez pour me pardonner d’avoir laissé cet homme me faire autant de mal, d’avoir voulu croire que mon amour pourrait mettre un peu de lumière en lui. Je dois me pardonner de m’être trompée et d’avoir tant investi dans une relation malsaine, car je sais maintenant que ces personnes vides à l’intérieur ne peuvent se guérir que si elles le désirent vraiment. Et permettez-moi d’en
douter…

Dans mes recherches pour arriver à comprendre cette étape de ma vie, à me convaincre que je ne suis pas folle, pour trouver des outils pour me libérer de cette emprise, j’ai lu des témoignages de victimes. Jamais un boudeur ne parle de son problème, car pour lui, il ne boude pas, ce sont les autres qui ont des problèmes. Les victimes ressortent démolies de ces relations.

Après avoir vécu une telle histoire, on perd des morceaux de soi, on peut perdre son identité, s’isoler des autres, de son entourage, mais aussi développer des maladies psychosomatiques graves (insomnie, maux de dos, asthme…). Des mois, voire des années, sont nécessaires pour refaire l’estime de nous-mêmes, pour se reprogrammer et arriver à faire confiance à nouveau, car la méfiance est toujours là. Je me rends compte du ravage que cette relation a causé dans tous mes corps. Ces personnes toxiques, par leur charme, nous amènent à les mettre dans le centre de notre vie, arrivent à nous faire voir la vie comme elles la perçoivent, et les gens comme elles les voient. Mais ces regards vers l’extérieur sont ceux de leur ombre, cette ombre qui aspire la lumière. Tout cela se fait sans en avoir conscience tellement la manipulation est subtile. La bouderie est là comme un moyen de manipulation pour nous amener dans leur monde et nous éloigner du nôtre, celui de la lumière dans laquelle nous nous efforçons de rester, mais que nous dévions sans en être conscientes.

Février 2011, maintenant 7 mois que j’ai mis fin à cette relation, mais je vis toujours le ravage qui, heureusement, s’atténue de jour en jour…

« Nous avons tous en nous une part négative. Le contester est extrêmement dangereux. Quand quelqu’un nie complètement les aspects obscurs de son être et se prétend incapable d’une mauvaise action, même en pensée, il faut vraiment s’inquiéter. Admettre son potentiel de négativité est en effet essentiel, car on peut ainsi l’assumer et s’en libérer. »
Elisabeth Kübler-Ross, « Leçons de vie », 2002

Vous connaissez assurément une personne qui vit ou a vécu cette expérience traumatisante ou peut-être est-ce vous…  J’espère que ce témoignage vous aidera à prendre soin de vous et à prendre les bonnes décisions avant qu’il ne soit trop tard.  La personne la plus importante, c’est VOUS…

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