Citation L’abstention, un acte d’optimisme et de confiance incroyable

L’abstention, un acte d’optimisme et de confiance incroyable

Le contexte

En cette période électorale en France, je suis agréablement surprise de trouver autant d’optimisme et de confiance chez mes concitoyens, et en particulier pour le second tour qui va opposer un candidat centriste et une candidate extrême droite.

Pourquoi l’optimisme ? Car ne pas aller voter (comme voter nul ou blanc, puisque ces votes ne sont pas pris en compte dans le résultat) c’est laisser les autres décider à ma place.

Et je trouve ça très rassurant dans notre société de constater que nous sommes encore capable de faire confiance aux autres pour prendre la bonne décision à notre place.

Chacun a une (voire plusieurs) bonne(s) raison(s) de le faire, et dans la lignée des mois précédents, les plus motivés ne comprennent pas qu’on puisse ne pas être de leur avis. J’entends régulièrement des électeurs, de droite comme de gauche, dire qu’on leur a volé leur élection puisque leur candidat n’est pas élu. La faute au gouvernement, aux médias, aux autres électeurs qui n’ont rien compris…

Le procès de la démocratie

Si je regarde mathématiquement les probabilités, dès qu’il y a plus d’un candidat, que le nombre total soit 2, 5 ou 10, il y aura beaucoup d’électeurs dont le candidat ne sera pas élu. Ce n’est donc ni une surprise, ni un problème, puisque c’est justement l’objectif de la démocratie. Que chacun puisse s’exprimer, et que la majorité l’emporte.

C’est donc là un des arguments pour ne pas aller voter. Les candidats qui voulaient rénover cette démocratie ne sont pas là, celle-ci est obsolète, à quoi bon se déplacer ?

Pour ma part, je suis persuadée que notre démocratie actuelle est imparfaite et perfectible, et aucun des candidats de cette élection ne représentait l’ensemble de mes idées.

La démocratie, c’est comme construire une route qui mène à une société où les gens sont plus heureux. Mais attention aux raccourcis…ce n’est pas parce que certains sont plus malheureux ailleurs qu’il ne faut rien changer ici !

Comment s’étonner que les électeurs délaissent la démocratie quand dans leur vie de tous les jours on les laisse sans cesse de côté, eux aussi ? On ne peut pas laisser quelqu’un sur le bord de la route et regretter ensuite qu’il ne soit pas là au moment où on a besoin de lui pour une nouvelle portion de route…

La liberté et la démocratie sont des principes humanistes tellement importants, qu’il est nécessaire de se battre pour elles. Pas uniquement pour les acquérir, mais aussi pour les conserver et les améliorer. Car c’est cela la vie d’une société. Avancer ensemble, et avoir la volonté de faire mieux chaque jour.

Le choix impossible

Sur cette route commune, j’ai mon chemin individuel. Qui croise ou accompagne celui de mes concitoyens. Chaque chemin est individuel, et nous avons chacun nos avis, nos opinions, nos contradictions.

Je connais des gens qui ont voté extrême droite. Ils ont fait un choix, en conscience.

Sur ce chemin, j’ai depuis quelques mois croisé des philosophes. Ils s’appellent tous les 2 Raphaël, peut être un signe car c’est l’accompagnateur des pèlerins et des voyageurs… ? Avec eux, j’ai compris l’apport de la philosophie à notre quotidien, l’importance de garder en tête l’objectif à long terme, même (et surtout) lorsque le présent est difficile.

Raphaël Enthoven m’a éclairée sur la place de la démocratie, le travail permanent d’évolution et d’amélioration de ce que nous considérons comme acquis.

Raphaël Glucksman m’a aidée à comprendre le chemin des extrêmes.

Ce n’est pas l’extrême droite qui a changé, mais le monde dans lequel nous vivons. Les divisions, les approximations et les exagérations sont quotidiennes dans un monde ultra connecté. Nous voyons différemment le choix de l’extrême droite, car les communautarismes ont gagné du terrain. Lorsque le prosélytisme est permanent, le point de rupture de la société est proche, car cela veut dire qu’une majorité des gens est persuadée que sa vérité est meilleure que celle des autres, et que ce sont eux qui doivent changer d’avis.

Ce n’est pas le mien. Je crois que nos libertés sont fraternelles. Je crois que nous pouvons avancer ensemble sans porter les mêmes chaussures ou avoir les mêmes avis.

Je peux comprendre que vous pensiez différemment de moi. Puisque je travaille à améliorer la société, par mon propre engagement personnel, j’accepte que vous exprimiez votre opinion. Car je ne peux pas avoir la liberté de m’exprimer, et vous la refuser.

Ce que je ne peux pas comprendre par contre, ce sont les peurs, les illusions, ou le rejet des autres. Si vous n’exprimez pas un vote clair, vous les laissez les autres voter à votre place. C’est peut être votre choix. Une belle preuve de votre confiance en eux.

Certains s’abritent derrière l’idée que le candidat centriste n’a pas besoin de leur vote, car les sondages le donne largement gagnant. A ceux là, je rappellerai seulement un 21 avril 2002, où beaucoup d’électeurs de gauche ne sont pas allés voter car leur candidat était donné gagnant… Si je pars à pied, ce matin, sur la route, un sondage dans une heure me dira « à cette vitesse là, ce soir vous aurez fait 50km ». Si je continue de marcher, sans m’occuper du sondage, je ferai les 50km, plus ou moins. Si j’écoute le sondage et que j’arrête de marcher, je n’aurai fait que 6 ou 8km… N’oublions pas que les sondages ne sont qu’une photographie d’intentions, une pensée, un résultat virtuel, et que c’est notre vote qui est l’action, l’ancrage dans le réel. Le (la) prochain(e) président(e) ne sera pas virtuel lui (elle).

Pour ma part, je ne suis pas assez optimiste pour les laisser décider pour moi. Alors je choisi de voter, et d’exprimer un choix clair. J’ai choisi mes priorités. Je veux vivre avec les autres. En paix. C’est le choix que j’ai à faire et que je ferai pour le moment présent.

Cela n’est pas un chèque en blanc. Plutôt une promesse. Que je suis là. Que je participe à la démocratie car je veux l’améliorer.

Comme le colibri qui n’arrivera peut être pas à éteindre le feu de forêt tout seul, ça ne suffira peut être pas, mais je n’aurai pas de regrets, et je serai en paix avec moi-même car j’aurai fait ma part.

Sandrine

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